En bref
Entre janvier 2025 et janvier 2026, le score de bien-être des salariés français (indice OMS WHO-5) est passé de 59,8 % à 62,8 %, et 74 % d'entre eux sont désormais en état de bien-être mental. Mais cette progression coexiste avec une stigmatisation persistante : 8 salariés sur 10 pensent qu'un trouble psychique complique l'accès à l'emploi, et un sur deux le juge incompatible avec un poste de management. Pour les praticiens de bien-être, ce décalage entre chiffres qui s'améliorent et préjugés qui perdurent crée une demande réelle d'intervention en entreprise, centrée sur la déstigmatisation autant que sur la prévention du stress.
Une amélioration réelle mais fragile de la santé mentale au travail
La Grande enquête sur la santé mentale au travail, menée par l'Ifop et largement reprise par la presse RH le 22 juillet 2026, dresse un constat globalement positif pour la première fois depuis plusieurs années. Le score de bien-être des salariés, mesuré selon l'indice WHO-5 de l'Organisation mondiale de la santé, est passé de 59,8 % en janvier 2025 à 62,8 % en janvier 2026, soit une progression de trois points. Désormais, 74 % des actifs interrogés se situent dans une zone de bien-être mental, contre 70 % un an plus tôt.
D'autres indicateurs concrets confirment cette tendance. Les troubles du sommeil d'origine professionnelle reculent, passant de 55 % à 48 % des salariés concernés, et l'irritabilité liée au travail baisse de six points pour s'établir à 36 %. Ce sont des signaux tangibles, qui suggèrent que les politiques de prévention mises en place ces dernières années dans les entreprises commencent à porter leurs fruits, du moins pour une partie de la population active.
Cette embellie reste toutefois fragile et inégalement répartie. Un quart des salariés (26 %) demeure sous le seuil de bien-être déclaré, et sept salariés sur dix affirment avoir déjà connu au moins un trouble psychique d'origine professionnelle au cours de leur carrière. Les cadres, les femmes et les moins de 35 ans restent des catégories surexposées, ce qui invite à nuancer tout discours trop optimiste sur une amélioration générale et homogène.
Le paradoxe de 2026 : moins de mal-être déclaré, plus de préjugés
C'est là que l'actualité de juillet 2026 devient particulièrement intéressante pour les professionnels du bien-être : les chiffres s'améliorent, mais la perception sociale des troubles psychiques, elle, ne suit pas la même courbe. Une étude Mercer x CRAPS x YouGov menée en parallèle révèle que 8 Français sur 10 estiment qu'une personne souffrant de troubles psychiques a plus de difficultés à trouver un emploi, et 7 sur 10 pensent qu'elle a plus de mal à le conserver.
Plus frappant encore : un Français sur deux considère qu'une personne concernée par un trouble de santé mentale ne peut pas exercer de responsabilités managériales. Ce chiffre coexiste avec un autre, presque contradictoire en apparence : 84 % des personnes interrogées jugent la santé mentale aussi importante que la santé physique. Le discours a changé, la représentation collective du trouble psychique dans le monde professionnel, elle, n'a pas suivi au même rythme.
Ce décalage entre déclaration de principe et perception réelle des capacités professionnelles est précisément ce que la presse RH qualifie de préjugés qui « se durcissent » plutôt que de reculer. Autrement dit, on parle davantage de santé mentale en 2026 qu'il y a cinq ans, mais en parler mieux n'a pas encore suffi à faire disparaître la peur du jugement ou de la mise à l'écart professionnelle qui pousse une grande partie des salariés à taire leurs difficultés.
Pourquoi la stigmatisation profite du silence en entreprise
Ce paradoxe s'explique en grande partie par un mécanisme bien documenté : la peur d'être jugé pousse les salariés à masquer leurs difficultés plutôt qu'à les évoquer auprès de leur hiérarchie ou de leurs collègues, ce qui entretient à son tour les représentations stéréotypées, faute d'exemples visibles et rassurants dans l'entourage professionnel proche. Un salarié qui traverse une période difficile en silence ne contredit jamais, aux yeux de ses collègues, l'image d'incompétence ou de fragilité associée au trouble psychique.
Les dispositifs internes aux entreprises (médecine du travail, RH, ligne managériale) souffrent d'un déficit structurel de confiance sur ces sujets, précisément parce qu'ils sont perçus comme liés à l'évaluation professionnelle et à la progression de carrière. Un salarié hésite légitimement à évoquer une anxiété ou un épuisement auprès d'un service qui, par ailleurs, évalue sa performance ou influence ses perspectives d'évolution.
C'est précisément dans cet interstice que se loge l'opportunité pour les praticiens de bien-être extérieurs à l'entreprise : un coach, un sophrologue ou un praticien en psychologie positive qui intervient ponctuellement n'est associé à aucune décision RH et bénéficie d'un climat de confiance structurellement différent. Cette neutralité perçue est un atout professionnel concret, à condition de savoir la mettre en avant sans jamais se présenter comme un substitut à un suivi médical ou psychologique.
Ce que ce paradoxe change concrètement pour les thérapeutes et coachs
Pour les praticiens de bien-être, cette actualité confirme une tendance de fond déjà identifiée dans plusieurs baromètres professionnels de 2026 : la demande d'intervention en entreprise ne porte plus seulement sur la gestion du stress ou la prévention du burn-out, mais de plus en plus sur la déstigmatisation elle-même, c'est-à-dire sur la capacité à créer des espaces de parole où évoquer une difficulté psychique ne coûte rien professionnellement.
Concrètement, cela se traduit par une demande croissante d'ateliers de sensibilisation collective (plutôt que de seules séances individuelles), animés par des intervenants extérieurs formés à la psychologie positive, à la communication bienveillante ou au coaching de vie, capables d'aborder le sujet sans jargon clinique ni infantilisation. Le format atelier permet précisément de normaliser le sujet devant un groupe, ce qu'un dispositif purement individuel ne permet pas aussi facilement.
Cette évolution ne remplace en rien le rôle des professionnels de santé : un praticien de bien-être ne diagnostique rien et oriente systématiquement vers un médecin ou un psychologue en cas de trouble avéré. Mais il occupe une place complémentaire précieuse, celle de l'ouverture du dialogue en amont, à un moment où le trouble n'est pas encore installé ou reconnu comme tel par la personne concernée.
Comment se positionner professionnellement face à cette demande
Pour un praticien qui souhaite se positionner sur ce créneau, la première étape consiste à se former sérieusement aux bases de la psychologie positive et de la communication bienveillante, deux approches qui donnent des outils concrets pour aborder les sujets de bien-être mental sans tomber dans le registre thérapeutique réservé aux professionnels de santé. La formation pour devenir coach en psychologie positive couvre précisément ce socle.
La deuxième étape est de construire une offre lisible pour les entreprises : ateliers collectifs de sensibilisation, modules de formation aux managers sur la déstigmatisation, accompagnement individuel en marge de ces temps collectifs. Se positionner clairement comme complémentaire du dispositif RH et de la médecine du travail, jamais en concurrence ni en substitution, reste la condition d'une collaboration durable avec les entreprises.
Enfin, la communication autour de l'offre doit rester d'une honnêteté rigoureuse : présenter son intervention comme un accompagnement du bien-être et de la parole collective, jamais comme un traitement des troubles psychiques. Le guide pour se reconvertir dans le bien-être détaille les étapes pour construire une activité professionnelle solide sur ce type de positionnement, de la formation initiale jusqu'à la prospection des premières entreprises clientes.
Sources
Ifop, « Grande enquête sur la santé mentale au travail 2026 », rapport publié en mars 2026, ifop.com.
DirectMag, « Santé mentale au travail : le bien-être remonte en 2026, mais les préjugés se durcissent », directmag.com, 22 juillet 2026.
Mercer x CRAPS x YouGov, étude sur la perception de la santé mentale en France, avril 2025, relayée par mercer.com.
Questions fréquentes
Le bien-être des salariés s'améliore-t-il vraiment en France en 2026 ?
Oui, selon la Grande enquête Ifop 2026 : le score de bien-être mental des salariés (indice OMS WHO-5) est passé de 59,8 % à 62,8 % entre janvier 2025 et janvier 2026, et 74 % des actifs sont désormais en état de bien-être. Cette progression reste toutefois fragile : un quart des salariés demeure sous le seuil de bien-être et les cadres, les femmes et les moins de 35 ans restent surexposés.
Pourquoi les préjugés sur la santé mentale persistent-ils malgré cette amélioration ?
Parce que la perception sociale évolue plus lentement que les indicateurs de bien-être eux-mêmes. Une étude Mercer x CRAPS x YouGov montre que 8 Français sur 10 pensent qu'un trouble psychique complique l'accès à l'emploi, et 1 sur 2 le juge incompatible avec un poste de management, alors même que 84 % jugent la santé mentale aussi importante que la santé physique. Le silence des salariés concernés, par peur du jugement, entretient ce décalage.
Un coach ou un praticien de bien-être peut-il intervenir sur la déstigmatisation en entreprise ?
Oui, en tant qu'intervenant extérieur complémentaire des dispositifs RH et de la médecine du travail, notamment via des ateliers collectifs de sensibilisation. Il ne diagnostique rien et n'exerce pas de psychothérapie, mais il peut créer un espace de parole plus neutre que les canaux internes à l'entreprise, souvent perçus comme liés à l'évaluation professionnelle.




