En bref
Selon une enquête BuzzPress pour le cabinet Santé du Dirigeant, menée du 28 août au 4 septembre 2026 auprès de 3 916 personnes (2 801 salariés et 1 115 dirigeants, DRH, représentants du personnel et indépendants), 68 % des salariés et 49 % des dirigeants dissimulent leur épuisement professionnel par crainte de perdre leur emploi ou leur crédibilité. Autre chiffre marquant : 62 % des salariés pensent, à tort, que le burn-out est reconnu comme maladie professionnelle en France, alors qu'il ne figure dans aucun tableau officiel et ne peut être reconnu qu'au cas par cas, avec un taux d'incapacité permanente d'au moins 25 %. L'enquête intervient après le rejet, le 8 juillet 2026, d'un rapport parlementaire de 39 recommandations sur la souffrance au travail — que 35 % des salariés interrogés n'ont découvert qu'en répondant au questionnaire. Pour les coachs et thérapeutes spécialisés en gestion du stress, ce double tabou (silence sur l'épuisement, confusion sur les droits) dessine un rôle clair : accompagner sans se substituer à un suivi médical, et informer avec justesse sur ce que couvre réellement la loi.
Une enquête inédite sur le silence autour de l'épuisement professionnel
L'enquête a été réalisée en ligne par l'institut BuzzPress pour le compte du cabinet Santé du Dirigeant, du 28 août au 4 septembre 2026, auprès de 3 916 répondants : 2 801 salariés d'un côté, et de l'autre un panel de 1 115 dirigeants de TPE-PME, DRH, représentants du personnel et travailleurs indépendants. L'objectif affiché était de comparer, pour la première fois à cette échelle, la perception du burn-out des deux côtés de la table : ceux qui le vivent en tant que salariés, et ceux qui sont censés le prévenir ou le gérer en tant qu'employeurs.
Le résultat le plus frappant tient en deux chiffres : 68 % des salariés et 49 % des dirigeants avouent dissimuler leur propre épuisement, par crainte de perdre leur emploi pour les premiers, ou leur crédibilité managériale pour les seconds. Ce tabou touche donc l'ensemble de la hiérarchie, pas seulement les postes les plus exposés. Un dirigeant sur deux qui masque sa propre fatigue psychique, c'est un signal fort : le déni de l'épuisement n'est pas qu'un problème de salariés isolés, c'est une culture d'entreprise qui se transmet du haut vers le bas.
Un autre chiffre éclaire un paradoxe : 84 % des salariés et 83 % des dirigeants s'accordent sur la nécessité de réformer l'organisation du travail elle-même pour prévenir l'épuisement. Un consensus rare sur un sujet aussi clivant. Pourtant, dans les faits, les entreprises continuent très majoritairement d'agir sur les individus (ateliers de gestion du stress, séances ponctuelles de sophrologie, corners bien-être) plutôt que sur les causes structurelles : charge de travail, effectifs, organisation des plannings.
Pourquoi cacher son épuisement reste la norme, du salarié au dirigeant
Le mécanisme du déni n'est pas nouveau, mais son ampleur mesurée ici l'est. Côté salariés, la peur de la sanction reste le premier moteur : évoquer un épuisement, c'est risquer d'être perçu comme moins performant, moins fiable, voire remplaçable. Dans un contexte économique où la rupture conventionnelle individuelle voit sa durée d'indemnisation chômage se réduire depuis le 1er septembre 2026, cette prudence se comprend, même si elle a un coût très concret sur la santé à moyen terme.
Côté dirigeants, le mécanisme est différent mais tout aussi structurant : reconnaître son propre épuisement reviendrait à admettre une forme de vulnérabilité incompatible, dans l'imaginaire managérial encore dominant, avec la fonction de leader. Beaucoup de patrons de TPE-PME évoluent en outre dans un isolement réel, sans supérieur hiérarchique à qui se confier ni collectif de pairs facilement accessible, ce qui rend le sujet plus difficile à aborder que pour un salarié entouré de collègues.
Cette dissimulation généralisée a une conséquence directe pour les professionnels de l'accompagnement : une part importante des personnes en souffrance n'arrivera jamais spontanément en consultation ou en séance de coaching, simplement parce qu'elle ne se reconnaît pas encore le droit de nommer ce qu'elle traverse. Le travail de repérage et de mise en mots, souvent en amont même d'un accompagnement formel, devient une compétence à part entière pour qui travaille sur la prévention de l'épuisement professionnel.
Burn-out et maladie professionnelle : ce que la loi française reconnaît vraiment
L'enquête met en évidence une confusion juridique massive : 62 % des salariés interrogés croient que le burn-out est reconnu comme maladie professionnelle en France. C'est inexact. Le syndrome d'épuisement professionnel ne figure dans aucun tableau des maladies professionnelles du régime général ni du régime agricole. Il ne peut être reconnu qu'à titre individuel, dit « hors tableau », depuis la loi Rebsamen de 2015 : la personne doit démontrer un lien direct et essentiel avec son activité professionnelle et justifier d'un taux d'incapacité permanente prévisible d'au moins 25 %.
C'est le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) qui statue au cas par cas sur ces dossiers, souvent longs et exigeants en pièces médicales. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 pose les bases d'une réforme de ce circuit, censée raccourcir les délais et désengorger les CRRMP, mais les modalités précises restent à préciser par décret : à ce stade, rien ne change concrètement pour les personnes concernées.
Cette confusion n'est pas un détail administratif : elle façonne les attentes de personnes déjà fragilisées, qui peuvent découvrir tardivement, au moment où elles engagent des démarches, que la reconnaissance espérée n'est pas automatique. Sur ce point précis, praticiens et thérapeutes ont un vrai rôle d'information à jouer, à condition de rester rigoureux et de ne jamais se substituer à un avocat spécialisé en droit du travail ou à un médecin du travail sur les aspects juridiques et médicaux du dossier.
Un rapport parlementaire enterré, symptôme d'un sujet encore mal porté politiquement
L'enquête s'inscrit dans un contexte politique précis : le 8 juillet 2026, après cinq mois de travaux et 45 auditions, un rapport parlementaire intitulé « Quand le travail consume : l'urgence de lutter contre l'épuisement professionnel », qui formulait 39 recommandations, a été rejeté au Sénat, empêchant sa publication officielle et le débat public qu'elle aurait dû ouvrir. La gauche et le centre gauche ont dénoncé une censure motivée par des considérations idéologiques plus que techniques.
Un chiffre de l'enquête illustre la faible portée médiatique de cet épisode : 35 % des salariés interrogés disent avoir découvert l'existence même de ce rapport en répondant au questionnaire de l'enquête elle-même. En cumulant celles et ceux qui jugent la décision franchement problématique et celles et ceux qui la trouvent simplement regrettable, près des deux tiers des répondants estiment que l'enterrement de ce travail parlementaire pose question.
Cet épisode traduit un décalage persistant entre l'ampleur du sujet dans le quotidien des Français et sa faible priorité dans l'agenda politique et médiatique. Pour les professionnels de terrain, coachs, sophrologues, praticiens en gestion du stress, ce décalage confirme une réalité qu'ils constatent déjà en cabinet : la demande d'accompagnement sur l'épuisement professionnel progresse plus vite que les réponses institutionnelles.
Ce que ce tabou change concrètement pour les coachs et praticiens de bien-être
Pour un coach en santé et bien-être ou un praticien spécialisé en gestion du stress, cette enquête confirme deux terrains d'action distincts et complémentaires. Le premier est individuel : accompagner des personnes, salariées ou dirigeantes, qui n'ont souvent jamais nommé explicitement leur état avant la première séance, et qui ont besoin d'un espace où l'aveu de fatigue n'est associé à aucun jugement de compétence. Ce travail suppose une posture claire : reconnaître les signes d'épuisement, sans jamais poser de diagnostic médical, et orienter vers un médecin ou un psychologue dès que la situation dépasse le champ du bien-être.
Le second terrain, plus structurel, s'adresse aux entreprises elles-mêmes. Le consensus mesuré dans l'enquête, 84 % des salariés et 83 % des dirigeants réclamant une réforme de l'organisation du travail, ouvre une brèche pour des interventions qui dépassent l'atelier ponctuel de gestion du stress : diagnostic de charge de travail, accompagnement des équipes managériales, mise en place de référents bien-être en interne, une piste explicitement soutenue par le plan gouvernemental santé mentale 2026. Les praticiens capables de proposer ce type d'accompagnement, au-delà de la seule séance individuelle, se positionnent sur un besoin réel et encore peu couvert.
Sur le plan de l'information, enfin, un praticien sérieux gagne à connaître avec précision le cadre légal du burn-out, ne serait-ce que pour éviter d'entretenir, même involontairement, la confusion mesurée par l'enquête. Expliquer clairement à un client ce que la loi reconnaît et ne reconnaît pas, sans se substituer à un professionnel du droit, fait partie d'une pratique honnête. C'est aussi un point de différenciation pour les personnes en reconversion vers le coaching en santé et bien-être, un métier dont la vocation est précisément d'aider à restaurer un équilibre sans jamais prétendre remplacer un suivi médical.
Sources
Enquête BuzzPress pour le cabinet Santé du Dirigeant, réalisée en ligne du 28 août au 4 septembre 2026 auprès de 3 916 répondants (2 801 salariés, 1 115 dirigeants, DRH, représentants du personnel et indépendants), relayée notamment par SocialMag et Breizh-info le 14 et le 15 septembre 2026.
Rapport parlementaire « Quand le travail consume : l'urgence de lutter contre l'épuisement professionnel », 39 recommandations, cinq mois de travaux et 45 auditions, rejeté au Sénat le 8 juillet 2026.
Pour resituer ce sujet dans l'actualité récente du secteur, voir également l'article sur le stress des dirigeants de TPE-PME, publié la veille de cette enquête, et le guide pour devenir thérapeute qui détaille les postures professionnelles attendues face à des publics en souffrance psychologique.
Questions fréquentes
Le burn-out est-il reconnu comme maladie professionnelle en France ?
Non, pas automatiquement. Le burn-out ne figure dans aucun tableau officiel des maladies professionnelles. Depuis la loi Rebsamen de 2015, il peut être reconnu au cas par cas par un comité régional (CRRMP), à condition de démontrer un lien direct et essentiel avec l'activité professionnelle et un taux d'incapacité permanente d'au moins 25 %. Une réforme de ce circuit est annoncée par la loi de financement de la Sécurité sociale 2026, mais ses modalités précises restent à préciser par décret.
Pourquoi les dirigeants cachent-ils autant leur épuisement que les salariés ?
Selon l'enquête BuzzPress pour Santé du Dirigeant, 49 % des dirigeants dissimulent leur épuisement, par crainte de perdre en crédibilité managériale, souvent dans un isolement renforcé par l'absence de supérieur hiérarchique ou de collectif de pairs. Ce chiffre, proche de celui des salariés (68 %), montre que le tabou du burn-out traverse toute la hiérarchie de l'entreprise, pas seulement les postes les plus exposés.
Un coach ou un thérapeute peut-il accompagner une personne en burn-out ?
Un coach en santé et bien-être ou un praticien spécialisé en gestion du stress peut accompagner la prévention et la sortie progressive d'un état d'épuisement, à condition de ne jamais poser de diagnostic médical ni de se substituer à un médecin ou un psychologue. Dès que des signes de dépression sévère, d'idées noires ou d'épuisement avancé apparaissent, l'orientation vers un professionnel de santé est impérative.




