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Actualité · Publié le 27 juillet 2026 · 10 min de lecture

Mon Soutien Psy : pourquoi 93 % des psychologues refusent encore la nouvelle convention, et ce que ça change pour les praticiens du bien-être

Une nouvelle version de la convention type « Mon Soutien Psy » a été publiée par arrêté le 19 juin 2026 et transmise aux psychologues par leur CPAM tout au long de l'été : accès direct sans prescription médicale, 12 séances par an au lieu de 8, tarif porté à 50 €, et généralisation du tiers payant sur la part Assurance Maladie au 1er octobre 2026. Malgré ces révisions, environ 93 % des psychologues libéraux continuent de refuser le conventionnement, un taux stable depuis le lancement du dispositif en 2022. Ce refus n'est pas qu'une affaire de rémunération : il porte sur l'autonomie clinique et, surtout, sur les critères qui déterminent quels patients entrent — ou non — dans le dispositif. Un point trop souvent absent du débat, et qui mérite d'être posé clairement.

Mon Soutien Psy : pourquoi 93 % des psychologues refusent encore la nouvelle convention, et ce que ça change pour les praticiens du bien-être

En bref

La nouvelle convention type « Mon Soutien Psy », publiée par arrêté le 19 juin 2026, instaure l'accès direct sans ordonnance, porte les séances remboursées à 12 par an à 50 € chacune, et généralise le tiers payant sur la part Assurance Maladie au 1er octobre 2026. Environ 93 % des psychologues libéraux refusent malgré tout de se conventionner, un taux inchangé depuis 2022. Leurs objections portent sur la perte d'autonomie clinique, un tarif non négociable, et surtout sur des critères d'éligibilité restrictifs qui réservent le dispositif aux troubles d'intensité légère à modérée et en excluent notamment la dépression sévère, la dépendance aux substances et les pathologies psychiatriques au long cours. Ce que cela change pour les praticiens du bien-être n'est pas un marché à prendre — ils ne sont pas remboursés davantage — mais une exigence accrue de savoir reconnaître ce qui relève du soin et orienter en conséquence.

Ce que change concrètement la nouvelle convention type

Publiée par arrêté le 19 juin 2026, la nouvelle version de la convention cadre « Mon Soutien Psy » est transmise aux psychologues tout au long de l'été par leur CPAM départementale. Elle modifie plusieurs paramètres du dispositif lancé en 2022 : l'accès direct devient la règle, ce qui signifie qu'un patient n'a plus besoin d'une orientation médicale préalable pour consulter un psychologue conventionné. Le nombre de séances prises en charge par an passe de 8 à 12, et le tarif de la consultation est porté à 50 €, contre 40 ou 30 € selon les versions antérieures du dispositif.

Autre évolution : à partir du 1er octobre 2026, le tiers payant sur la part remboursée par l'Assurance Maladie devient généralisé. Le patient n'aura plus à avancer la portion prise en charge par la Sécurité sociale lors de chaque séance avec un psychologue conventionné, ce qui doit lever un frein d'accès identifié depuis le lancement du programme. Les psychologues qui rejoignent le dispositif doivent par ailleurs être inscrits au RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé), une condition qui rapproche administrativement leur statut de celui des professions de santé conventionnées.

Le gouvernement, qui a fait de la santé mentale une nouvelle fois grande cause nationale en 2026, s'est fixé pour objectif de porter le nombre de psychologues partenaires de 6 000 à 12 000 d'ici 2027. Mi-2026, un peu plus de 6 700 psychologues avaient rejoint le dispositif selon les chiffres disponibles. Ces paramètres revus à la hausse relèvent d'un arbitrage budgétaire et politique, non d'une faveur accordée à la profession : ils visent à rendre le dispositif plus attractif après quatre années de faible adhésion.

Le tri des patients : le point aveugle du débat public

C'est l'objection la moins relayée dans la couverture médiatique du dispositif, et pourtant l'une des plus structurantes. « Mon Soutien Psy » ne s'adresse pas à toute personne en souffrance psychique : il cible les adultes présentant un trouble anxieux ou dépressif d'intensité légère à modérée, un mésusage de tabac, d'alcool ou de cannabis hors dépendance, ou un trouble du comportement alimentaire sans critères de gravité. L'entrée dans le dispositif repose sur une évaluation standardisée de l'intensité des symptômes, à l'aide d'échelles cliniques dont les seuils sont fixés par l'Assurance Maladie.

Ce qui tombe hors du cadre est considérable : les formes sévères de troubles dépressifs ou anxieux, les troubles du comportement alimentaire présentant des signes de gravité, la dépendance avérée aux substances psychoactives, les pathologies psychiatriques au long cours, les antécédents psychiatriques récents graves et les troubles du neurodéveloppement sévères. La logique affichée est de renvoyer ces situations vers les structures publiques — centres médico-psychologiques, maisons des adolescents, services hospitaliers — dont les délais d'attente sont précisément ce qui pousse les patients à chercher ailleurs.

Ce point n'est pas un détail technique : il fait l'objet de plusieurs questions écrites au Parlement portant explicitement sur ces critères d'exclusion, notamment à l'Assemblée nationale sur les personnes que ces critères écartent et sur les victimes de violences sexuelles subies dans l'enfance développant des troubles dépressifs sévères, ainsi qu'au Sénat sur le sort des personnes présentant des troubles du neurodéveloppement ou des pathologies au long cours. Des collectifs de professionnels appellent de leur côté à une refonte d'un dispositif jugé à la fois trop excluant et mal financé.

La fronde des psychologues : autonomie clinique et paramédicalisation

Le Syndicat national des psychologues (SNP) a publié un communiqué au ton offensif, titré « Vers la destruction en règle de la profession », dans lequel il dénonce une convention qui renforcerait une vision médicalisée et subordonnée de l'exercice du psychologue, au détriment de son autonomie clinique. Le syndicat qualifie le dispositif de « paramédicalisation qui ne se cache plus », estimant que le psychologue conventionné perd la maîtrise du cadre thérapeutique qu'il construit habituellement avec chaque patient : durée de l'accompagnement, rythme des séances, orientation du travail.

Le grief financier existe — le tarif de 50 € par séance est non négociable, sans possibilité de dépassement — mais il n'est pas isolé. S'y ajoute une charge administrative accrue et un risque de contentieux avec la CPAM portant sur l'éligibilité des patients accompagnés : un psychologue conventionné engage sa responsabilité sur le respect de critères d'inclusion qu'il n'a pas définis et qui peuvent entrer en tension avec son évaluation clinique. Le SNP réclame par ailleurs davantage de transparence sur les modalités de sélection des psychologues intégrés au dispositif.

D'autres collectifs vont plus loin et estiment que le dispositif permet à l'État de se désengager progressivement du financement de la psychiatrie publique, en reportant une partie de la demande sur un système parallèle moins coûteux et moins structuré que les centres médico-psychologiques. Ce débat dépasse la question du tarif : il porte sur le modèle d'organisation de l'accès aux soins psychiques en France.

93 % de refus : ce que ce chiffre dit du dispositif

La stabilité du taux de refus est le fait le plus parlant : environ 93 % des psychologues exerçant en libéral n'ont toujours pas rejoint « Mon Soutien Psy », un chiffre pratiquement inchangé depuis 2022 malgré plusieurs révisions successives de la convention destinées à le rendre plus attractif. Ni le passage de 8 à 12 séances, ni la revalorisation tarifaire, ni la généralisation prochaine du tiers payant n'ont déclenché de mouvement d'adhésion significatif.

Cette persistance indique que les freins ne sont pas principalement financiers. Un dispositif peut devenir plus avantageux sans devenir plus acceptable si la contrepartie perçue reste une perte de maîtrise sur le cadre clinique et l'obligation de refuser ou de réorienter une partie des personnes qui se présentent. Quand une très large majorité de professionnels refuse d'appliquer un dispositif public conçu pour eux, la question se pose d'abord au dispositif, ensuite seulement aux professionnels.

Pour les pouvoirs publics, ce plafond soulève un problème de méthode : démocratiser l'accès aux psychologues suppose l'adhésion de la profession, et celle-ci ne s'obtient pas en ajustant seulement les paramètres tarifaires. Les organisations professionnelles plaident majoritairement pour une véritable convention nationale négociée, plutôt que pour un dispositif ciblé conçu en dehors d'elles.

Ce que ça change pour les praticiens du bien-être : une responsabilité, pas un marché

Il faut écarter d'emblée un raccourci tentant : le déficit créé par le non-conventionnement est un déficit de soin psychologique remboursé. Les praticiens du bien-être ne sont pas remboursés davantage, et surtout ils n'exercent pas dans le même champ. Ils ne comblent donc rien de ce manque-là, et présenter la situation comme une opportunité commerciale serait à la fois faux et contraire au principe de non-substitution qui fonde un exercice sérieux. Une personne en dépression sévère écartée du dispositif relève d'un psychiatre ou d'un CMP, pas d'un accompagnement bien-être.

Ce qui change réellement est plus exigeant. Avec un accès direct sans filtre médical préalable et des critères d'éligibilité restrictifs, un nombre croissant de personnes se verront dire que leur situation « n'entre pas dans le dispositif », souvent sans orientation alternative immédiate. Certaines frapperont à la porte d'un coach, d'un sophrologue ou d'un praticien en relation d'aide. La compétence décisive n'est alors pas commerciale mais clinique au sens large : savoir reconnaître ce qui dépasse son champ et orienter fermement, y compris quand la personne insiste et qu'aucune autre solution ne semble disponible.

C'est précisément ce que travaille une formation exigeante à l'accompagnement relationnel : le cadre, les limites de compétence, la posture face à une détresse qui excède le périmètre du bien-être. La formation de Gestalt-praticien en fait un axe central, et l'article sur les fondements de la relation d'aide détaille cette exigence ; le guide pour devenir thérapeute précise pour sa part le périmètre d'exercice des praticiens non cliniciens. Le rôle légitime d'un praticien du bien-être face à cette actualité, c'est d'être un maillon qui oriente correctement — jamais un substitut de soin par défaut.

Sources

Assurance Maladie (ameli.fr), « Les patients concernés par le dispositif Mon soutien psy », rubrique psychologue, consultée en 2026 ; AID-Psy-Co (conventionpsy.fr), « Renouvellement de la convention cadre Mon soutien psy », 27 juin 2026.

Syndicat national des psychologues (psychologues.org), communiqués « Vers la destruction en règle de la profession » et « Mon Soutien Psy : une paramédicalisation qui ne se cache plus », 2026.

Assemblée nationale, questions écrites n°5841 (critères d'exclusion et limitation à 12 séances) et n°11214 (victimes de violences sexuelles dans l'enfance) ; Sénat, question écrite de juillet 2025 sur les critères d'exclusion du dispositif.

What's up Doc, « Mon soutien psy : des professionnels appellent à une refonte du dispositif, jugé trop excluant », 2026 ; Egora.fr, « 'Mon soutien psy' permet à l'État de se désengager de la psychiatrie, accuse un collectif », 2026.

Note de transparence : une première version de cet article, publiée le 27 juillet 2026, qualifiait la convention révisée de « plus généreuse » et suggérait que le déficit de psychologues conventionnés ouvrait une place à prendre pour les praticiens du bien-être. Ces deux formulations étaient inexactes et ont été corrigées le 1er août 2026, à la suite d'échanges avec des psychologues. La section sur les critères d'exclusion des patients, absente de la version initiale, a été ajoutée à cette occasion.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui change concrètement avec la nouvelle convention « Mon Soutien Psy » ?

Publiée par arrêté le 19 juin 2026, la nouvelle convention type instaure l'accès direct sans prescription médicale, porte le nombre de séances remboursées de 8 à 12 par an, fixe le tarif à 50 € la séance, et généralise le tiers payant sur la part Assurance Maladie à partir du 1er octobre 2026.

Quels patients sont exclus du dispositif Mon Soutien Psy ?

Le dispositif cible les adultes présentant un trouble anxieux ou dépressif d'intensité légère à modérée, un mésusage de tabac, d'alcool ou de cannabis hors dépendance, ou un trouble du comportement alimentaire sans critères de gravité. En sont notamment exclues les formes sévères de troubles dépressifs ou anxieux, la dépendance aux substances psychoactives, les pathologies psychiatriques au long cours et les troubles du neurodéveloppement sévères, censés relever des structures publiques. Ces critères font l'objet de plusieurs questions écrites au Parlement.

Les praticiens du bien-être peuvent-ils compenser le manque de psychologues conventionnés ?

Non. Le manque créé par le non-conventionnement est un manque de soin psychologique remboursé, et les praticiens du bien-être ne sont pas remboursés ni habilités à prendre en charge des troubles psychiques. Leur rôle face à cette situation est d'accompagner des difficultés de vie courantes dans un cadre non médical, et surtout de savoir reconnaître ce qui relève du soin pour orienter vers un psychologue, un psychiatre ou un médecin.

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