En bref
La nouvelle convention type « Mon Soutien Psy », publiée par arrêté le 19 juin 2026 et transmise aux psychologues cet été, généralise l'accès direct sans ordonnance, porte les séances remboursées à 12 par an à 50 € chacune, et rendra le tiers payant systématique sur la part Assurance Maladie dès le 1er octobre 2026. Malgré ces avancées, environ 93 % des psychologues libéraux refusent toujours de se conventionner, un taux inchangé depuis 2022, que le Syndicat national des psychologues explique par une perte d'autonomie clinique et un tarif non négociable jugé trop bas. Ce déficit structurel d'offre conventionnée maintient une forte demande d'accompagnement non médical, que les praticiens du bien-être peuvent en partie satisfaire — à condition de toujours orienter vers un psychologue ou un médecin dès que la situation dépasse le simple accompagnement.
Ce que change concrètement la nouvelle convention type
Publiée par arrêté le 19 juin 2026, la nouvelle version de la convention cadre « Mon Soutien Psy » est transmise aux psychologues tout au long de l'été par leur CPAM départementale. Elle modifie plusieurs paramètres du dispositif lancé en 2022 : l'accès direct devient la règle, ce qui signifie qu'un patient n'a plus besoin d'une orientation médicale préalable pour consulter un psychologue conventionné. Le nombre de séances prises en charge par an passe de 8 à 12, et le tarif de la consultation est revalorisé à 50 €, contre 40 ou 30 € selon les versions antérieures du dispositif.
Autre évolution notable : à partir du 1er octobre 2026, le tiers payant sur la part remboursée par l'Assurance Maladie devient généralisé. Concrètement, le patient n'aura plus à avancer la portion prise en charge par la Sécurité sociale lors de chaque séance avec un psychologue conventionné, ce qui doit lever un frein d'accès identifié depuis le lancement du programme. Les psychologues qui rejoignent le dispositif doivent par ailleurs être inscrits au RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé), une condition qui rapproche administrativement leur statut de celui des autres professions de santé conventionnées.
Le gouvernement, qui a fait de la santé mentale une nouvelle fois grande cause nationale en 2026, s'est fixé un objectif ambitieux : porter le nombre de psychologues partenaires de 6 000 à 12 000 d'ici 2027. Mi-2026, un peu plus de 6 700 psychologues avaient rejoint le dispositif selon les chiffres disponibles, soit une progression réelle mais encore très en deçà de la cible et, surtout, très minoritaire au regard du nombre total de psychologues libéraux en exercice en France.
La fronde des psychologues : « une paramédicalisation qui ne se cache plus »
Ces avancées ne suffisent pas à convaincre la profession. Le Syndicat national des psychologues (SNP) a publié un communiqué au ton particulièrement offensif, titré « Vers la destruction en règle de la profession », dans lequel il dénonce une convention qui renforcerait une vision médicalisée et subordonnée de l'exercice du psychologue, au détriment de son autonomie clinique. Le syndicat qualifie le dispositif de « paramédicalisation qui ne se cache plus », estimant que le psychologue conventionné perd la maîtrise du cadre thérapeutique qu'il propose habituellement à ses patients.
Le grief financier reste central : le tarif de 50 € par séance est non négociable, ce qui prive le praticien conventionné de toute liberté tarifaire, alors même que ce montant reste inférieur aux tarifs pratiqués en cabinet privé pour un accompagnement de patients parfois en grande souffrance psychique. D'autres collectifs de professionnels vont plus loin et accusent le dispositif de permettre à l'État de se désengager financièrement de la psychiatrie publique en reportant une partie de la charge sur un système parallèle moins coûteux et moins structuré que les centres médico-psychologiques.
S'ajoute à cela une inquiétude plus administrative : le SNP réclame davantage de transparence sur les critères de sélection des psychologues intégrés au dispositif, et pointe le risque de litiges avec la CPAM autour des critères d'inclusion des patients éligibles au parcours. Pour une profession habituée à une large autonomie clinique, cette charge administrative et ce risque de contentieux pèsent lourd dans la balance, bien plus que la seule question du montant de la rémunération.
93 % de refus : un chiffre stable qui interroge le système depuis 2022
Ce qui frappe le plus, au-delà des arguments échangés, c'est la stabilité du taux de refus : environ 93 % des psychologues exerçant en libéral n'ont toujours pas rejoint « Mon Soutien Psy », un chiffre pratiquement inchangé depuis le lancement du dispositif en 2022, malgré plusieurs révisions successives de la convention destinées à le rendre plus attractif. Ni le passage de 8 à 12 séances, ni la revalorisation tarifaire, ni la généralisation prochaine du tiers payant n'ont, pour l'instant, déclenché un mouvement massif d'adhésion.
Cette persistance suggère que les freins identifiés par les psychologues ne sont pas seulement d'ordre financier, mais touchent au cœur de leur conception du métier : la crainte de perdre la maîtrise du nombre de séances, du rythme de suivi et du contenu de l'accompagnement, jugés incompatibles avec un cadre standardisé imposé par l'Assurance Maladie. Un dispositif peut être financièrement plus généreux sans devenir pour autant plus attractif si la contrepartie perçue reste une perte d'autonomie professionnelle.
Pour les pouvoirs publics, ce plafond de verre pose une question de fond : comment démocratiser l'accès aux psychologues sans s'appuyer sur l'adhésion réelle de la profession elle-même ? La réponse apportée jusqu'ici — ajuster les paramètres financiers de la convention — n'a pas suffi à lever un désaccord qui est aussi philosophique que matériel sur la nature même de l'exercice du psychologue.
Un vide d'accompagnement qui pèse sur les délais et sur l'accès aux soins
Concrètement, ce refus massif de conventionnement maintient un déséquilibre déjà largement documenté entre la demande d'accompagnement psychologique et l'offre accessible financièrement. Les patients qui souhaitent consulter un psychologue conventionné à 50 € la séance, remboursée en grande partie, se heurtent à un choix restreint de praticiens disponibles, avec des délais d'attente qui peuvent s'allonger dans certains territoires, en particulier hors des grandes agglomérations.
Ce déficit d'offre conventionnée touche en priorité les personnes qui ne peuvent pas se permettre de consulter en cabinet privé à un tarif libre, souvent plus élevé et rarement remboursé au-delà d'une prise en charge partielle par certaines mutuelles. Il concerne aussi des situations qui ne relèvent pas d'une pathologie caractérisée mais d'un besoin réel d'écoute et d'accompagnement — stress professionnel, période de transition de vie, difficultés relationnelles — pour lesquelles l'attente d'un rendez-vous conventionné peut décourager la démarche.
C'est précisément dans cet interstice que se positionnent, depuis plusieurs années, un nombre croissant de praticiens du bien-être : coachs, praticiens en relation d'aide, sophrologues, art-thérapeutes ou praticiens en accompagnement émotionnel, qui ne se substituent pas au soin psychologique mais répondent à une demande d'écoute structurée que le système conventionné ne parvient pas encore à absorber dans des délais raisonnables.
Une responsabilité autant qu'une opportunité pour les praticiens du bien-être
Cette situation ouvre un espace réel pour les praticiens du bien-être, mais elle s'accompagne d'une responsabilité éthique claire. Un praticien en relation d'aide formé à l'écoute active, à la posture non-directive et au cadre déontologique de l'accompagnement peut légitimement recevoir des personnes en recherche d'un espace de parole régulier, sans prétendre se substituer à un suivi psychologique ou psychiatrique lorsque la situation l'exige.
La frontière est précise et doit rester non négociable : un praticien du bien-être accompagne des personnes en questionnement, en transition ou en recherche de mieux-être, il ne prend pas en charge une pathologie psychiatrique caractérisée. Face à des signes de détresse sévère, d'idées suicidaires ou de décompensation, l'orientation immédiate vers un psychologue, un médecin ou une structure d'urgence n'est pas une option, c'est un devoir professionnel qui protège autant le patient que le praticien.
Pour les personnes en reconversion vers ces métiers de l'accompagnement, ce contexte confirme une tendance de fond : la demande d'écoute structurée continue de croître plus vite que l'offre conventionnée, ce qui rend d'autant plus nécessaire une formation sérieuse sur les fondements de la relation d'aide et sur les limites précises de son champ d'intervention, détaillées dans le guide pour devenir thérapeute.
Sources
AID-Psy-Co (conventionpsy.fr), « Renouvellement de la convention cadre Mon soutien psy », article du 27 juin 2026.
Syndicat national des psychologues (psychologues.org), communiqué « Vers la destruction en règle de la profession », juin 2026.
Appines.fr, « Remboursement psychologue 2026 : le tiers payant généralisé pour Mon Soutien Psy dès octobre », 2026 ; Egora.fr, « 'Mon soutien psy' permet à l'État de se désengager de la psychiatrie, accuse un collectif », 2026.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui change concrètement avec la nouvelle convention « Mon Soutien Psy » ?
Publiée par arrêté le 19 juin 2026, la nouvelle convention type instaure l'accès direct sans prescription médicale, porte le nombre de séances remboursées de 8 à 12 par an, revalorise le tarif à 50 € la séance, et généralisera le tiers payant sur la part Assurance Maladie à partir du 1er octobre 2026.
Pourquoi autant de psychologues refusent-ils de se conventionner ?
Le Syndicat national des psychologues dénonce une perte d'autonomie clinique, un tarif non négociable jugé insuffisant au regard de la charge administrative, et un risque de litiges avec la CPAM sur les critères d'inclusion des patients. Environ 93 % des psychologues libéraux restent à l'écart du dispositif, un taux stable depuis 2022 malgré les révisions successives de la convention.
Un praticien du bien-être peut-il remplacer un psychologue faute de place dans le dispositif conventionné ?
Non. Un praticien du bien-être (coach, praticien en relation d'aide, sophrologue…) peut proposer un espace d'écoute et d'accompagnement pour des difficultés de vie courantes, mais il ne pose pas de diagnostic et ne traite pas de pathologie psychiatrique. Face à une souffrance psychique sévère, l'orientation vers un psychologue, un psychiatre ou un médecin reste systématique.
