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Actualité · Publié le 18 septembre 2026 · 9 min de lecture

Psychédéliques en santé mentale : ce que le premier grand congrès scientifique français change pour les thérapeutes et praticiens de bien-être

Du 14 au 16 septembre 2026, le Centre Pierre Janet de l'Université de Lorraine a réuni à Metz chercheurs, psychiatres et addictologues autour des psychédéliques en santé mentale. Au même moment, le CHU de Nîmes a administré ses premières doses de psilocybine dans un essai clinique national de phase III. Deux signaux qui confirment l'entrée de la France dans une nouvelle étape de recherche clinique — strictement encadrée, et qui reste, en dehors de ce cadre, totalement interdite.

Psychédéliques en santé mentale : ce que le premier grand congrès scientifique français change pour les thérapeutes et praticiens de bien-être

En bref

Du 14 au 16 septembre 2026, le congrès « Psychédéliques en santé mentale : de la recherche à la pratique clinique », organisé par le Centre Pierre Janet (Université de Lorraine) à Metz, a réuni cliniciens et chercheurs autour des données scientifiques sur la psilocybine, le LSD et la MDMA en contexte thérapeutique, sans aucune incitation à leur usage. En parallèle, le CHU de Nîmes a administré début juillet 2026 sa première dose de psilocybine dans l'essai ERPPAD, un essai national randomisé en double aveugle mené avec sept autres CHU français pour évaluer son efficacité dans la prévention des rechutes liées à l'alcool. En dehors de ces protocoles hospitaliers strictement encadrés, la psilocybine, le LSD, la MDMA et l'ayahuasca restent des stupéfiants interdits en France : pour les thérapeutes et praticiens de bien-être, cette actualité est moins une opportunité de pratique qu'un rappel des limites légales à connaître et à faire connaître à leurs clients.

Un congrès inédit à Metz entre recherche et clinique

Du lundi 14 au mercredi 16 septembre 2026, le Centre Pierre Janet de l'Université de Lorraine a organisé à Metz le congrès « Psychédéliques en santé mentale : de la recherche à la pratique clinique », sous la direction d'Evelyne Josse et du Pr Cyril Tarquinio. L'événement a réuni des cliniciens, des chercheurs, des addictologues et des soignants de terrain venus confronter les données de la recherche préclinique et clinique sur ces substances dans le traitement de troubles psychiques sévères.

Les organisateurs ont pris soin de cadrer précisément l'objet du congrès : les conférences des 14 et 15 septembre, accessibles en présentiel ou à distance, et les symposiums du 16 septembre, réservés au présentiel, avaient pour seul objet la présentation et la discussion de données scientifiques issues de la recherche. Aucune incitation à la consommation n'a été délivrée ni encouragée, une précision qui n'a rien d'anodin tant le sujet reste associé, dans l'imaginaire collectif, à des usages récréatifs ou à des pratiques non encadrées.

Ce positionnement strictement scientifique illustre la façon dont le monde académique français aborde aujourd'hui ce champ de recherche : avec un intérêt clinique réel pour des pathologies parfois résistantes aux traitements existants, mais sans jamais franchir la ligne qui sépare la recherche encadrée de la promotion d'un usage non médicalisé.

Où en est vraiment la recherche clinique en France

Ce congrès n'est pas un événement isolé : il intervient alors que la recherche clinique française sur les psychédéliques passe un cap concret. Le 1er juillet 2026, l'équipe du service d'addictologie et de psychiatrie du CHU de Nîmes, dirigée par la Pr Amandine Luquiens, a administré sa première dose de psilocybine dans le cadre de l'essai ERPPAD, un essai clinique randomisé, multicentrique, en double aveugle, de phase III, coordonné par le CHU de Nîmes et associant sept autres centres hospitaliers universitaires français.

L'objectif de cet essai est d'évaluer, à grande échelle cette fois, l'efficacité de la psilocybine dans la prévention de la rechute chez des patients présentant un trouble sévère de l'usage de l'alcool associé à des symptômes dépressifs persistants après le sevrage. Le protocole compare deux administrations orales de 25 mg de psilocybine, à trois semaines d'intervalle, à une dose de contrôle de 3 mg dans les mêmes conditions. Cet essai de phase III s'appuie sur les résultats encourageants d'une étude pilote française, publiés en 2025 dans la revue scientifique Addiction.

D'autres protocoles sont annoncés ou en cours de lancement sur le territoire français : un essai testant le LSD dans le traitement de l'alcoolodépendance, et un essai multicentrique évaluant la psilocybine dans la dépression résistante aux traitements. Autant de protocoles qui confirment que la France, longtemps en retrait sur ce terrain de recherche depuis les premiers travaux des années 1950-1960, y revient aujourd'hui avec un cadre méthodologique rigoureux, propre à la recherche clinique de phase III.

Ce qui reste strictement interdit en dehors du cadre de la recherche

Ce regain de recherche clinique ne change rien, à ce stade, au cadre légal applicable en dehors des protocoles hospitaliers autorisés. La psilocybine, le LSD, la MDMA et l'ayahuasca demeurent classés comme stupéfiants en France, et leur détention, leur usage ou leur administration hors du cadre strict d'un essai clinique autorisé restent des infractions pénales, quelle que soit l'intention thérapeutique invoquée.

Cette précision est importante face à la multiplication, ces dernières années, de retraites dites « chamaniques » ou de cérémonies présentées comme thérapeutiques, parfois organisées en France dans une zone grise, ou proposées à l'étranger dans des pays où le cadre légal diffère, comme l'Australie qui a autorisé en 2023 l'usage médical encadré de la psilocybine et de la MDMA. Participer à ce type de retraite en France, ou même à l'étranger sans encadrement médical adapté, expose à des risques réels : absence de suivi médical, dosages non contrôlés, interactions médicamenteuses non anticipées, et bien sûr un risque juridique.

Les autorités sanitaires et les sociétés savantes, dont le Congrès Français de Psychiatrie, rappellent régulièrement cette distinction essentielle entre la promesse clinique en cours d'évaluation rigoureuse et les usages non encadrés qui circulent en marge, parfois sous des habillages de bien-être ou de développement personnel qui n'ont aucun lien avec la méthodologie et la sécurité des essais hospitaliers.

Pourquoi cette actualité concerne aussi les praticiens non-médicaux

Un thérapeute ou un praticien de bien-être en exercice ne pratiquera jamais, et ne devra jamais tenter de reproduire, un protocole à base de psychédéliques : cela relève exclusivement d'équipes hospitalières spécialisées, sous encadrement médical et réglementaire strict. Mais cette actualité concerne indirectement les praticiens du bien-être, car leurs clients, eux, en entendent parler — dans la presse, sur les réseaux sociaux, parfois via des proches ayant participé à une retraite à l'étranger.

Face à un client qui évoque un intérêt pour les psychédéliques, qu'il s'agisse d'une question de curiosité ou d'un projet concret de retraite, un praticien bien informé peut jouer un rôle utile : rappeler le cadre légal réel, orienter vers un médecin ou un psychiatre pour toute personne qui pourrait relever d'un essai clinique en cours (par exemple en cas de trouble sévère de l'usage de l'alcool associé à une dépression résistante), et ne jamais laisser penser qu'un accompagnement en cabinet, quelle que soit la discipline, pourrait se substituer ou se rapprocher de ce type de protocole.

Cette actualité est aussi l'occasion de mettre en valeur ce que les approches non médicamenteuses de modification de l'état de conscience, au premier rang desquelles l'hypnose, peuvent offrir de façon parfaitement légale et accessible : un travail sur les états modifiés de conscience, la régulation émotionnelle ou l'accompagnement de traumatismes, sans les risques juridiques et médicaux propres aux substances encore classées comme stupéfiants.

Ce que cela change concrètement pour un praticien en hypnose

L'hypnose n'a bien sûr rien à voir, sur le plan pharmacologique, avec les psychédéliques étudiés dans les essais cliniques en cours. Mais les deux approches partagent un même terrain d'intérêt : le travail sur les états modifiés de conscience au service d'un mieux-être psychique, qu'il s'agisse de gestion du stress, de troubles anxieux, de phobies ou de blocages émotionnels. C'est précisément ce terrain que la médiatisation croissante des psychédéliques met en lumière, avec un effet secondaire positif : un public plus curieux, plus ouvert à explorer des approches sortant du cadre strictement médicamenteux classique.

Pour un praticien en hypnose déjà installé, cette actualité peut se traduire par des questions plus fréquentes de la part de clients en quête d'une approche différente pour aborder un mal-être ou un traumatisme. Savoir expliquer clairement ce que l'hypnose peut faire (travailler les états modifiés de conscience dans un cadre légal, structuré et sans substance) et ce qu'elle ne fait pas (elle ne reproduit pas les effets pharmacologiques d'un psychédélique et ne prétend pas s'y substituer) fait partie d'une pratique professionnelle honnête et rassurante.

La formation pour devenir praticien en hypnose permet d'acquérir les bases théoriques et pratiques de cette discipline, avec une attention particulière portée au cadre déontologique et aux limites du métier. Pour distinguer plus précisément l'hypnose d'autres approches proches, le comparatif entre hypnose et PNL offre des repères utiles, et le guide pour se reconvertir dans le bien-être détaille les étapes d'une installation professionnelle sérieuse dans ce type de pratique.

Sources

Centre Pierre Janet, Université de Lorraine, programme du congrès « Psychédéliques en santé mentale : de la recherche à la pratique clinique », 14-16 septembre 2026, Metz.

CHU de Nîmes, communiqué « Le CHU de Nîmes lance un essai national sur la psilocybine pour prévenir les rechutes liées à l'alcool », essai clinique ERPPAD, 1er juillet 2026.

Congrès Français de Psychiatrie, « L'esprit clair des psychédéliques », consulté en septembre 2026.

Questions fréquentes

Peut-on suivre une thérapie à base de psychédéliques en France aujourd'hui ?

Uniquement dans le cadre strict d'essais cliniques autorisés, menés par des équipes hospitalières spécialisées comme celle du CHU de Nîmes. En dehors de ce cadre, la psilocybine, le LSD, la MDMA et l'ayahuasca restent des stupéfiants interdits en France, y compris lorsqu'ils sont proposés sous une présentation thérapeutique ou de bien-être.

Qu'est-ce que l'essai ERPPAD du CHU de Nîmes ?

ERPPAD est un essai clinique national, randomisé, multicentrique et en double aveugle, associant le CHU de Nîmes à sept autres CHU français. Il évalue l'efficacité de la psilocybine dans la prévention des rechutes chez des patients ayant un trouble sévère de l'usage de l'alcool associé à des symptômes dépressifs persistants après le sevrage.

Un praticien en hypnose ou un psychopraticien peut-il proposer un accompagnement à base de psychédéliques ?

Non. L'administration de psychédéliques reste réservée aux équipes hospitalières menant des essais cliniques autorisés. Un praticien non médical ne peut ni administrer ces substances ni encadrer une expérience de ce type : cela constituerait une infraction pénale et exposerait la personne accompagnée à des risques sanitaires réels, faute de suivi médical adapté.

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